Retour de Lisieux
L’organisation de notre retraite de récollection à Lisieux, avec quelques membres du groupe du « Buisson ardent » (voir dernier édito), m’a poussée à plonger plus en profondeur dans la vie de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Peut-être êtes-vous comme moi, traversés par un certain vertige devant ses écrits transpirant un amour extraordinaire pour Jésus et une pratique héroïque des vertus. La canonisation récente de ses parents, Louis et Zélie Martin, alimente encore notre émerveillement devant la Providence divine qui a eu soin de préparer en amont une « terre sainte » pour l’épanouissement de celle qui deviendra docteur de l’Église et patronne des missions.
Mais ce serait très naïf de notre part (ou désespérant pour nous-mêmes ?) de nous arrêter à sa « mise à part » ainsi qu’à sa précocité exceptionnelle ; en effet, si on regarde de plus près ses écrits, on observe que sa vie a été largement jonchée de blessures très profondes. On peut citer dès son enfance de nombreuses blessures liées à la séparation, à commencer par sa mise en nourrice quasiment dès sa naissance et pendant un an, la mort de sa mère alors qu’elle n’a que 4 ans, son entrée en pensionnat à l’âge de 8 ans, le départ de Pauline, sa sœur chérie, pour le Carmel un an plus tard… toutes ses douloureuses épreuves ont provoqué en elle, fragilité affective, angoisses, maladie des scrupules, troubles psychosomatiques graves. Mais Thérèse, très conscience de ses faiblesses, n’a pas eu peur de laisser à la grâce divine la possibilité d’agir au cœur de ses détresses dont elle se savait incapable de gérer par elle-même, tout en accomplissant « sa part », en posant des actes de foi, d’espérance et de charité. Pour Thérèse, les blessures sont des occasions favorables pour rencontrer le Christ-Guérisseur, et mieux encore, les guérisons qu’elle a reçues ont été des lieux d’affermissement de sa vocation et des tremplins qui lui ont permis de faire des pas de géant dans sa croissance spirituelle. Nous avons tous en tête sa guérison miraculeuse par la Vierge du Sourire, sa conversion de Noël 1886 où il lui a été donné de sortir définitivement de sa nostalgie d’un amour maternel brisé, et qui lui fera dire : « En un instant, l’ouvrage que je n’avais pu faire en 10 ans, Jésus le fit, se contentant de ma bonne volonté qui jamais ne me fit défaut ».
C’est donc peut-être particulièrement dans ce domaine que nous pouvons prendre exemple pour notre propre sanctification. Dieu veut que nous soyons en paix avec notre histoire personnelle. Il veut que nous Lui présentions nos blessures, en particulier celles que nous nous obstinons à cacher, pour nous y faire vivre concrètement le mystère pascal du Christ qui a porté nos péchés et nos souffrances, et les transformer en plaies glorieuses, à l’image de celles qui rayonnent sur le Corps du Ressuscité. Ce travail est indéniablement un passage obligé pour grandir dans la maîtrise de soi, en maturité humaine et en sainteté ! Puisse sainte Thérèse nous offrir son compagnonnage dans notre retour au temps liturgique dit « ordinaire » pour vivre chacun des aspects de nos vies de manière extraordinaire, accompagnés par la puissance de l’Esprit Saint !
Elodie Soulard, ocv






