Qu’avons-nous tous avec le pape ? Il y a quand même quelque chose de mystérieux. D’aucuns se lèvent très tôt pour prendre le car et traverser la France ; on se retrouve à piétiner pendant des heures, parfois avec des enfants en bas âge qu’il faut porter et occuper ; on est suspendu à la progression de la papamobile – tout cela pour, apparemment, voir passer un homme en blanc répondant au titre de « successeur de saint Pierre ». Alors, certes, ce titre est plutôt vendeur : à défaut que ce soit un saint, au moins on est sûr de voir le successeur d’un saint, c’est déjà pas mal. Mais bon, on ne peut pas lui parler, lui confier notre vie, et puis, ses discours, on peut toujours les lire a posteriori… Donc, pourquoi tout ce remue-ménage, toute cette peine ? Sans parler des enfants qu’on fait bénir : le baptême, bénédiction divine par excellence, n’est-ce pas déjà suffisant ? Et nos prêtres et diacres, qui tiennent leur autorité de l’évêque, qui la tient lui-même du pape, ne nous offrent-il pas des bénédictions à la hauteur de celles du souverain pontife ? Donc pourquoi se démener pour faire parvenir les tout-petits au Saint-Père ? Sans oublier que, par l’Eucharistie, nous pouvons déjà, quotidiennement si nous le voulons, être au plus près du Seigneur de l’Univers…

Sauf que voilà, à travers le pape, mystérieusement, il se passe des choses… C’est tel jeune homme qui, lors des JMJ de 1997, croise le regard de Jean-Paul II, en est bouleversé car il sent alors le regard du Christ sur lui, et en reçoit l’appel à la prêtrise… C’est tel jeune athée qui, devant la télévision faisant état de la mort de Jean-Paul II, se sent soudain irrésistiblement poussé à se mettre à genou et ressent alors fondre sur lui l’Amour de Dieu… C’est tel trader éloigné de l’Église qui, en pleine crise des subprimes, entend Benoît XVI dénoncer l’idole de l’argent, et décide alors de changer de vie… Et c’est, le week-end dernier, toutes ces personnes qui, ne sachant trop bien pourquoi, se sont retrouvées en pleurs, émues aux larmes, en pleine messe, en pleine veillée, alors même qu’elles éprouvaient une joie profonde, et qui s’étonnent elles-mêmes de tant aimer cet homme qu’elles connaissent si peu, comme si à travers lui c’était l’Amour lui-même qui était venu les visiter… C’est telle jeune fille dans le métro, expliquant à sa copine qu’elle avait été à la veillée au Stade de France, et que depuis cette soirée elle était « devenue catholique »… C’est tel réalisateur célèbre déclarant dans le studio d’une célèbre radio que ce pape, dont il n’attendait rien, l’avait « re-converti »… C’est cette journaliste d’une grande chaîne publique, critiquant tout le battage autour de Léon XIV avant qu’il n’arrive, faisant publiquement amende honorable en publiant combien elle avait été touchée, émerveillée par tout ce qu’elle avait vu ce week-end… C’est toutes ces personnes retournées au fond d’elles-mêmes par l’image de l’homme en blanc tenant dans ses bras la petite Marie-Garance, polyhandicapée adoptée, dont la mère témoigne maintenant dans tous les médias que sa vocation à s’occuper de cette petite, après avoir déjà eu six enfants, ne s’explique pas autrement que par un appel de la Vie, et que dans cette image c’est toute l’humanité souffrante abandonnée dans les bras du Père qui est figurée… C’est le président de la République s’arrêtant à l’aéroport pour écouter des jeunes chanter en entier pour lui un Je vous salue Marie…

Nous sommes des êtres incarnés, et nous sommes un peuple qui forme charnellement, organiquement le corps du Christ. Quand le vicaire du Christ, représentant de la Tête de ce Corps qu’est l’Église, vient nous offrir un visage, un visage débordant de bonté et de sensibilité, une voix, avec son timbre à la fois incisif et enveloppant, des bras, infatigables dans la bénédiction, des jambes, arpentant notre histoire en même temps que notre terre, il nous est donné une image, et même plus qu’une image, une icône, donnant non seulement à voir mais aussi à rencontrer l’invisible : le Seigneur, Jésus.

Il valait donc bien la peine que chacun de nous se déplace, qu’on canalise ces mouvements de foules, qu’on fasse venir cet homme de plus de soixante-dix ans qui pourrait avoir bien d’autres préoccupations, car pour ces trésors d’organisation déployés, combien avons-nous été récompensés ! Nous avons reçu au centuple, nous avons été nourris d’une manne de Foi, d’Espérance et de Charité au-delà de tout ce que nous avions pu anticiper, nous avons senti un immense vent de Grâce balayer notre pays, nous avons senti en nous l’action de l’Esprit ! Ce n’était pas une simple visite, c’était une Visitation.

Louise-Hélène