Quarante jours après Noël, l’Église fête la Présentation de Jésus au Temple, au cours de laquelle il nous est donné de contempler Marie et Joseph, soumis à la Loi et venant présenter au Temple leur divin Nouveau-Né. C’est là qu’animé de l’Esprit-Saint, le vieillard Syméon reconnaît en ce Tout-Petit, la « Lumière qui éclaire les nations païennes, et donne gloire à son peuple Israël » (Lc 2, 32). C’est ce jour-là, le 2 février, qui a été choisi par le pape Saint Jean-Paul II pour fêter tout particulièrement la vie consacrée au sein de l’Église, car « il est beau et juste de remercier le Seigneur pour le grand don de la vie consacrée, qui enrichit et réjouit l’Église par la multiplicité des charismes et le dévouement de tant de vies totalement données au Seigneur et aux frères ».

Voici l’occasion privilégiée pour parler du cœur de toute vie consacrée, selon les mots du même pape, à savoir, la vie consacrée : don et mystère.

« Mystère » tout d’abord, car l’appel vient de Dieu, il est donc par essence, mystérieux. «Mes pensées ne sont pas vos pensées et vos chemins ne sont pas mes chemins» dit Dieu en Is 55,8. De fait, il est bien mal aisé d’expliquer ce qu’il se passe dans le cœur de celui ou celle qui est appelé(e) à un don total et exclusif ; se côtoient en même temps, un appel brûlant qui pousse à engager toute sa vie pour le Christ, un grand bouleversement par rapport aux projets humains initiaux, et aussi un vertige au vu de notre indignité et de notre faiblesse. Cet appel manifeste la gratuité de l’amour de Dieu qui choisit non pas selon nos critères, aussi élevés soient-ils, mais selon Son Cœur ; allez comprendre, le choix de Dieu se plaît à déjouer tous nos pronostics, il se porte bien souvent sur celui auquel on n’aurait jamais pensé. En effet, aucune pauvreté ne L’effraie, dans la mesure où l’intéressé(e) en a conscience et mise tout son « oui » sur la Miséricorde de Dieu. Mais ce qui caractérise justement ce « oui » donné est la joie, une joie très intense et profonde de répondre librement au projet mystérieux de Dieu, mais qui, venant justement de Lui, nous assure une promesse de vie pleinement épanouissante et féconde, paradoxalement au vu de tous les renoncements humains qu’il suppose.

« Don » car le propre de Dieu est de se donner. C’est toujours l’expérience première de l’Amour surabondant de Dieu qui nous pousse à nous donner sans mesure, tendre à rendre amour pour amour et livrer notre âme et notre corps tout entiers au Christ, sans partage. Si le Christ est l’unique amour et l’unique sens de notre vie de consacré, c’est à travers les conseils évangéliques, tels que le Christ les a radicalement vécus, qu’on engage notre vie, en Le suivant le plus étroitement possible. En effet, la chasteté dans la continence exprime l’amour virginal du Christ, qui répand dans nos cœurs l’amour infini qui lie les Trois Personnes divines ; la pauvreté rappelle que Dieu est l’unique richesse de l’homme ; enfin, l’obéissance manifeste la libération de l’homme qui retrouve sa pleine dépendance vis-à-vis de Dieu et trouve toute sa joie à faire la volonté du Père.

Nous pouvons le voir, la vie consacrée comprend de nombreuses formes, accompagnées d’œuvres de charité des plus variées.

Mais il ne faudrait pas oublier que le cœur de toute vie consacrée se trouve dans la prière, lieu par excellence du « commerce amoureux » avec l’Époux, lieu de la contemplation, lieu de la transformation, lieu d’intercession pour tous les hommes et source de toute vie authentiquement chrétienne. C’est là que tout se joue ! Il est indéniable en effet qu’à l’image de la Vierge Marie, l’offrande totale de notre personne, le don de notre cœur qui meurt d’amour au pied de la Croix en se consumant comme un véritable holocauste est d’une grande fécondité pour la vie de l’Église et porte une influence considérable sur le monde !

Aussi, je profite de cet édito pour vous demander de prier avec ferveur pour les consacrés, afin que nous continuions à toujours cultiver la saveur de notre appel, à nous convertir, à purifier nos intentions, à affronter avec force les combats qui nous sont propres et à accroître notre capacité à aimer notre grand Dieu et nos frères et sœurs qui nous entourent, pour mieux les servir. Prions aussi le Seigneur avec insistance pour qu’Il appelle de nombreux jeunes à Lui consacrer leur vie, prions en particulier pour les vocations sacerdotales dont notre diocèse manque cruellement !

Elodie Soulard, o.c.v.Concile Provincial